PICASSO

KLIMT

 

GUERNICA - 1937 - Pablo PICASSO

 

Une jument violée, blessée, dans les convulsions de l’agonie, une femme hurlant, son enfant mort dans les bras, un taureau impassible, trois femmes désarticulées, une tête d’homme tranchée et un bras coupé tenant un glaive brisé, devant des immeubles effondrés… Et puis, une main portant une minuscule fleur… Une trace d’espoir dans la représentation de ce viol collectif, de cet acte de terrorisme aveugle… Tout ceci comme « instrument de guerre, offensif et défensif, contre l’ennemi », selon la définition que Picasso donnait de la peinture.

Il y a aussi ces deux lumières. La lampe à pétrole au bout d’un bras féminin démesuré. Mais surtout, celle, électrique, incongrue et improbable, dans un plafonnier situé au point focal de la composition. Improbable, car nous sommes sur une place publique. Improbable car les bombardements du 26 avril 1937 ont probablement détruit la centrale électrique alimentant la petite cité basque. Incongrue car elle apporte une touche de modernisme dans ce collage de citations archaïsantes mêlant la culture grecque, le folklore espagnol et l’iconographie de Poussin.

Pourquoi donc cette ampoule électrique tellement présente que l’on finit par ne voir qu’elle ?
Pour nous appeler à la défiance des évidences trompeuses. « Hic tu fallaci nimium ne crede lucernae » (« Défie-toi alors de la clarté trompeuse des flambeaux ») écrivait Ovide. Les négationnistes sont à l’affût, toujours prêts à réécrire l’Histoire…
Pour faire d’un huis-clos un événement planétaire et d’un événement planétaire un huis-clos. Il s’agit de la représentation d’un viol, avec toute la symbolique sexuelle afférente. Mais c’est le viol d’une communauté, d’un peuple, d’une nation, de l’humanité entière. Nous sommes tous concernés…

Pour faire écho à Aristote (« Vouloir prouver des choses qui sont claires d’elles-mêmes, c’est éclairer le jour avec une lampe ») en risquant le propos tautologique. Mais devant tant d’injustice et de cruauté, il importe de clamer haut et fort la vérité, de faire d’un ecce homo un ecce populus.

Pour réaffirmer que le génie, en particulier celui d’un peuple, est fragile et toujours en danger : « Das Licht des Genies bekam weniger Fett als das Licht des Lebens » (« La lampe du génie brûle plus vite que la lampe de la vie ») nous dit Schiller. En dépit de toutes les injustices, la liberté de penser et de créer est à réinventer chaque jour…
Pour…

Louis Doucet, septembre 2011



 
 

 

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AUTEUR

> Louis DOUCET